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Pourquoi on juge le logiciel libre plus sévèrement que les autres
Un biais qu'on observe régulièrement sur le terrain et qui a un vrai coût sur les décisions numériques.
Deux pannes, deux réactions très différentes.
Outlook hors service à cause d'un bug Teams → frustration, mais l'outil n'est pas remis en cause. Souci de config sur un logiciel libre → verdict immédiat : "on aurait dû rester sur Microsoft."
Ce n'est pas une question de qualité technique. C'est une question de biais cognitifs.
Premier biais : le biais de confirmation
On a déjà une opinion sur le logiciel libre ("gratuit = approximatif"). Chaque friction vient la confirmer. Chaque panne de Microsoft est une anomalie. Chaque accroc sur un outil libre est une preuve.
On ne traite pas les deux événements avec le même filtre.
Deuxième biais : l'asymétrie de responsabilité
Il existe une phrase non officielle mais très répandue dans le monde IT : "Personne n'a jamais été viré pour avoir choisi Microsoft."
Quand Microsoft plante, c'est la faute de Microsoft. Quand un outil libre plante, c'est le choix de cet outil qui est questionné et donc la personne qui l'a recommandé
Choisir l'alternative, c'est prendre une responsabilité que l'outil dominant n'impose pas.
Troisième biais : le biais du statu quo
L'outil en place bénéficie d'une tolérance implicite que l'alternative n'a pas. On a appris à contourner la complexité des outils propriétaires sans même s'en rendre compte. Un accroc sur un outil alternatif, lui, devient immédiatement visible.
Le familier rassure, même quand il dysfonctionne.
Ce que ça coûte
Ces trois biais combinés ont un coût réel : ils faussent les décisions, pénalisent des solutions souvent robustes et indépendantes, et placent ceux qui les défendent dans une position d'asymétrie permanente.
Un bug reste un bug, quel que soit le logo dans le coin de l'écran.
Évaluer avec les mêmes critères
Reconnaître ces biais, c'est déjà beaucoup. Quelques questions utiles avant d'évaluer un outil :
- Est-ce que j'appliquerais le même niveau d'exigence à l'outil que j'utilise déjà ?
- Ce problème est-il propre au logiciel libre, ou existe-t-il aussi chez les éditeurs propriétaires ?
- Ma réticence vient-elle d'un vrai problème fonctionnel, ou d'une résistance au changement ?
Ce sont des questions qu'on se pose aussi de notre côté chez ézéo avant de recommander un outil, on essaie de s'assurer qu'on ne fait pas le chemin inverse en idéalisant le libre par principe. La bonne décision, c'est celle qui est prise avec les mêmes critères pour tout le monde.
Cet article est issu d'un thread publié sur Mastodon. ézéo est une coopérative bretonne spécialisée dans les solutions numériques libres.
